mercredi 11 août 2010

Le texte de la pièce

Le texte de la pièce
A était joué par Samuel
B était joué par Barto
C était joué par Jumaya
D était joué par Tom
Hélène a dit le commentaire de fin

Art de Yasmina Reza (adapté par Elodie Henry)

A : Mon ami, Christian, qui est un ami depuis longtemps, a acheté un tableau. C’est une toile blanche. Et si on cligne des yeux, on peut apercevoir quelques petits liserés blancs. Christian est un ami, depuis longtemps…

Chez Christian…

A : Cher ?

B : Deux cent mille.

A et C : Deux cent mille ?!

B : Vous n’êtes pas bien là. Regardez-le d’ici. Vous apercevez les lignes ?

C : Comment s’appelle le … peintre ?

B : Antrios.

C : Connu ?

B : Très !

A : Christian, tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille euros ?

B : Mais c’est le prix. C’est un Antrios !

A : Tu n’as pas acheté cette merde deux cent mille euros ?!

B : Cette merde ?

A et C : C’est une merde, excuse-nous.

A et C à part…

A : Deux cent mille euros !

C : Un homme aisé, certes…

A : Mais quand même, vingt briques !

C : Il faut en parler à Alain.

A : Quoique Alain est un homme tolérant, ce qui en matière de relations humaines, est le pire défaut !

Arrivée d’Alain…

C : Tiens, Alain !

A : Tu as vu Christian ces derniers temps ?

D : Non.

C : Il vient de s’acheter un tableau.

D : Beau ?

A et C : Blanc.

D : Blanc ?

A et C : Blanc.

C : Maintenant, tu vas deviner combien Christian l’a payé ?

D : Qui est le peintre ?

C : Antrios. Tu connais ?

D : Non. Il est coté ?

A : On ne te demande pas s’il est coté, on te demande ce que toi, Alain, tu donnerais pour un tableau blanc ?!

D : Zéro centime.

A : Et Christian ? Donne un chiffre…

D : Dix mille ?`

A et C : Ah ah !

D : Cinquante mille ?

…

D : Cent mille ?!

A et C : Deux cents ! Deux cent mille !

A : Il est dingue, n’est-ce pas ?!

D : Si ça lui fait plaisir…

A : Qu’est-ce que ça veut dire « si ça lui fait plaisir » ? Qu’est-ce que c’est que cette philosophie du « si ça lui fait plaisir » ?! Si tu tolères que Christian ait acheté une merde blanche deux cent mille euros, c’est vraiment que tu te fous de Christian !

D : Mais pas du tout !

Chez Christian…

B et D devant le tableau…

B : Il te plaît ?

D : Ah oui, oui…

B : Evident.

D : Evident oui, et en même temps…

B : Magnétique.

D : Hmmm, magnétique…

B : Deux cent mille !

D : … Eh oui.

B : Eh oui.

Les trois, sans Christian...

D : Vous savez… Vous allez être étonnés… Je n’ai pas aimé… Mais je n’ai pas détesté ce tableau.

C : Bien sûr ! On ne peut pas détester le rien !

D : Il y a quelque chose…

C : Qu’est-ce qu’il y a ?

D : Quelque chose. Ce n’est pas rien…Une pensée…

C : Une pensée ?!

A : Tu plaisantes ?!

Chez Christian…

D : Je vois des couleurs…

A : Mais comment peux-tu, Alain, devant moi, faire ce petit numéro ?

D : Devant toi quoi ? Ces couleurs me touchent…

A : Non, tu n’as pas le droit !

B : Comment ça, il n’a pas le droit ?

A : Parce que c’est faux !

C : De toute façon, Alain, tu es un être flasque, sans consistance, un lâche !

D : Je n’ai pas fait six ans de psychothérapie pour percevoir derrière cette démence verbale un profond mal être. D’ailleurs, j’ai parlé de vous à mon psy.

A et C : Tu parles de nous à ton psy ?!

C : Et pourquoi tu parles de nous à ton psy ?

D : Je sens que nos relations sont tendues et je voulais qu’il m’éclaire…

A : Je t’interdis de parler de moi à ce blaireau !

B : Et qu’est-ce qu’il t’a dit ?

D : J’ai noté parce que c’est compliqué… Je vous lis ?

A, B et C : Lis !

D : « Si je suis moi, parce que je suis moi, et si tu es toi parce que tu es toi, je suis moi et tu es toi. Si en revanche, je suis moi parce que tu es toi, et si tu es toi parce que je suis moi, alors je ne suis pas moi et tu n’es pas toi ». Vous comprenez que j’ai dû l’écrire !

B : Tu le paies combien ?

D : Cent euros la séance.

C : Et en liquide je parie ! Car j’ai appris un truc, tu ne peux pas payer par chèque. Freud a dit, il faut que tu sentes les billets foutre le camp !

D : Je me fous de ce que vous pensez de ce tableau, plus je le vois, plus je l’aime, je vous assure !

A : Et nous, on s’en fout de tes séances chez ton psy !

D : Je croyais que nous étions amis, que nous étions là pour nous soutenir !

C : Et tout ça, pour un tableau blanc…

B : Il n’est pas blanc !

C : Reconnais-le, c’est insensé ce que tu as acheté ?

B : Tu as un feutre sur toi Patrick?

A, C et D : Pour quoi faire ?

C : Tu ne vas pas dessiner sur ce tableau ?

B : Tu as un feutre ou pas ?

A : Oui, j’en ai un bleu…

B : Donne !

…

B : Et voilà, un joli petit skieur bleu…

D : Vous êtes fous à lier !

B : Bon, j’ai faim, on va dîner ?

Intermède dit par un adulte :

Lorsque Patrick et Christian sont parvenus, à l’aide d’un savon suisse, à effacer le skieur, Patrick a demandé à Christian s’il savait que son feutre était lavable, il a répondu que non. Patrick a alors menti, il a dit que lui non plus ne le savait pas… L’aveu aurait été trop décevant…

A : Sous les nuages blancs, la neige tombe.

C : On ne voit ni les nuages blancs, ni la neige.

B : Un homme seul, à skis, glisse…

D : La neige tombe, jusqu’à ce que l’homme disparaisse…

A : Mon ami, Christian, qui est un ami depuis longtemps, a acheté un tableau. C’est une toile qui représente un homme qui traverse un espace…

B, C et D : Et qui disparaît.

2 commentaires:

  1. Je souligne un oubli (les personnage)
    a:SAM b:BARTO c:JUM d:TOM

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  2. Vous jouez dans la cour des Grands ... attention !!! Plus de public ! Un texte d'un écrivain ! ... Ben mes p'tits cocos !!! Bravo !!! Vous êtes très beaux en cravate ! Keep playing !

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